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Le blog de Anne pour  Histoire(s) de Mode

Educator - Une nouvelle histoire de mode de Frank Vaitcheur

5 Mai 2010, 06:34am

Publié par Anne Histoire(s) de Mode

2050. Dans les couloirs d’un vieux bâtiment stalinien bouffé par les incertitudes d’un monde qui se meurt, avancent deux des derniers hommes de la caste des Professors.


La lumière blafarde et frémissante de quelques ampoules économiques éclaire leurs pas vers la froide salle du Conseil.

Ils sont les derniers survivants de la race des gardiens de l’humanité.

Ils ont tenté de maintenir l’unité d’une civilisation malmenée par les hordes d’Hados qui déferlent à la surface du globe.

Ceux-ci tiennent notre monde en équilibre sur un fil, prêt à le pousser dans le néant.


Ils bousculent, sans honte et sans retenue, les Hadults et les Peurents, les tenants des civilisations fondatrices et dominatrices. Barbares des temps actuels, ils mettent à feu et à sang les institutions qui préservent notre monde du chaos.

 

Le peuple des Hados étant né dans les années 80, le Grand Provisor a eu l’idée géniale d’envoyer en mission dans les temps antérieurs un de nos cyber-droïde de sécurité. Il devait repérer la tribu à l’origine du mal afin que nous puissions l’éliminer.


-C’est une curieuse posture que celle d’Educator 69 !


-??? fit Professor N°6 dans un écarquillement de paupières tel un setter irlandais découvrant la côte d’azur.


-Ben oui ! Cette position de missionnaire ne doit pas être facile à tenir.


- !!! fit N°6 dans un haussement de sourcil tel un collet d’écosse découvrant l’Andalousie.


-Bon, bref ! Educator 69 est-il revenu de sa mission ?


-Oui, N°5, j’ai ici son rapport à transmettre au Conseil.


-Ce peuple des Hados est-il bien la menace pressentie ?


-Sans aucun doute. En 1990 ils avaient déjà rayé de la surface de la terre des peuples pacifiques et soumis comme les Djeuns ou les Bessbèges.


-Educator 69 a-t-il pu cibler le groupuscule ou du moins le leader initiateur de ce mouvement subversif et destructeur ? Pouvons-nous maintenant envoyer un CPE (commando pour éradiquer) dans le passé pour le supprimer ?


-Et bien, N°5, c’est là qu’il y a un petit problème.


-Comment ça ?


-Je n’étais pas convaincu que ce soit une bonne idée d’envoyer Educator 69.


-Ah bon ! Et pourquoi ce sentiment ?


-Je n’attendais pas grand chose de pertinent de la part d’un répliquant du fils de Jean-Paul Gaultier !


-N’êtes-vous point trop sévère, N°6, avec ce nouveau cyber-droïde ?


-Non, lisez seulement le titre du compte rendu de son voyage dans l’espace-temps.

« Us et coutumes (vestimentaires) des différentes tribus composant le peuple des Hados. »


-Ah oui ! Il a osé !


-Eh oui ! Mais parcourez tout de même le rapport.


« Issus d’une même population les clans Hados se distinguent par leurs tendances (vestimentaires) :

 

Tendance « basic ».

Un jean, un tee-shirt, des baskets et pis c’est tout ! C’est simple, basique et finalement indémodable.

Les jeunes de cette tendance refusent d'être considérés comme des « fashion victims » et préfèrent passer inaperçus. Ils sont les représentants de ce que l’on pourrait appeler le « canal historique » de la mouvance Hados et n’adoptent bien évidemment aucun signe de ralliement. Ils sont partout mais restent très difficiles à cerner.

En résumé, ils veulent avant tout ne pas avoir à se prendre la tête pour choisir leurs fringues ; pour eux, l’essentiel est certainement ailleurs et de ce fait ils rejettent tout ce qui en jette.

 

Tendance « gossip ».

Tribu essentiellement féminine ; elles sont de véritables et redoutables « fashion victims ». Elles adoptent un look classe, chic et surtout griffé ; l’idée étant de paraître « overlookées » sans en avoir l'air. Comme signe de distinction, elles arborent élégamment des accessoires de marque : sacs, lunettes, ceintures…

En résumé, elles apprécient par-dessus tout être impeccables en toute circonstance et abhorrent les vêtements démodés ou sans style de la tribu précédente.

 

Tendance « show off » ou « bling-bling ».

Sur eux tout est tape-à-l'œil ; ils affectionnent tout particulièrement les vêtements très amples, type survêtements de sport taille XXL, avec passementeries et broderies en fils dorés. Ils ajoutent à cela montres et colliers « bling-bling ». Ils se cachent (de honte certainement) derrière des lunettes de soleil de marque et surmontent le tout d’une casquette (les célèbres casquettes belges qui ont la visière sur le côté ou carrément derrière !) ou d’une capuche sur la tête. Leur signe distinctif est une petite sacoche en véritable cuir synthétique, contrefaçon d’une improbable production d’une grande enseigne du luxe à la française.

En résumé, tels des pies, ils affectionnent particulièrement tout ce qui brille et détestent viscéralement les jeans étroits de la tribu précédente.

 

Tendance « néo-rocker ».

Ils sont les dandys du XXI° siècle et reprennent le look des rockers anglais des années 60. Actuellement, l’accessoire indispensable de reconnaissance, et donc d’appartenance, est le foulard.

En résumé, ils raffolent de tout ce qui a une signification ou une valeur poétique et haïssent les vêtements de sport de la tribu précédente.

 

Tendance « grunge ».

Ces jeunes-là ont l’esprit rebelle et pour arme de prédilection, une paire de ciseaux. Ils refusent les notions de propreté, de repassage, d’ajustement, de concordance des tons, des formes, des styles et préfèrent aux vêtements coordonnés et seyants les habits sales, dépareillés, usés et surtout troués.

En résumé, ils aiment ne pas se laver, ne pas se coiffer, ne pas se changer de la semaine et ils ont horreur des habits neufs et propres de la tribu précédente.

 

Tendance « gothique ».

Chez eux, des chaussures aux cheveux en passant par l’humeur, tout est noir. Pour ne pas les confondre avec les petits enfants de Thierry Ardisson (paix à son âme), ils sont notamment reconnaissables à leurs grosses bottes cloutées à semelles compensées. De plus, ils parachèvent leur accoutrement de piercings et autres tatouages comme signes distinctifs.

En résumé, ils adorent avoir l'air dépressif et refoulent les couleurs de l'arc-en-ciel ; ils ont d’ailleurs assassiné le dernier coloriste. Ils ne détestent personne de leur génération, ils sont au-dessus de cela, ils sont déjà outre-tombe !

 

Tendance dérivée, dissidente ou finalement sous-tendance « Emo kid ».

Ces jeunes-là reprennent leurs cours d'allemand afin de comprendre le message délivré par leur grand gourou : Tokio Hotel. Côté apparence, on retrouve le noir des gothiques mais auquel on ajoute une touche de couleur (le coloriste a survécu ?) : chaussettes à rayures, collants colorés, accessoires en tâche de couleur …

Leur signe distinctif réside dans leur coiffure. Il pêtent bien fort dans leur col roulé et fige la performance au gel fixateur.

En résumé, ils ne se séparent jamais de leurs porte-clés fétiches à tête de mort, de leurs bracelets cloutés, de leur croix autour du cou et détestent tout ce qui est girly ou glossy.

 

Tendance « Urban surfer ».

Leurs manières d’être et de s’habiller expriment leur désir d’indépendance, de liberté et de grands espaces. Ils sont toujours prêts à glisser (Vers où ? Eux seuls le savent !) sous le soleil (Yoh ! Cool !) sur leurs planches. Ils protègent leur frêle cervelle de l’astre suprême sous de gros bonnets en laine multicolore et s’entravent dans leur élan vers la félicité dans leurs baggies.

Ils arborent une magnifique frange « zakefronesque » comme signe d’appartenance.

Ils adorent avoir l’air ailleurs et rejettent toute contrainte qui freinerait leurs planches, fières montures qui les emmènent vers la liberté. Ils sont les « cow-boys Marlboro » des temps modernes. »

 

 

Professor N°5 achève la lecture du compte-rendu d’enquête et ne résiste pas à l’envie de livrer immédiatement sa réflexion.

 

-Boudiou ! dit-il en écarquillant les yeux et en avançant le cou comme une poule dubitative à la recherche de grains.

 

Professor N°6 acquiesce en hochant la tête tout en fermant les yeux dans une stupeur contenue.

 

-Eh oui ! Malheureusement le ridicule ne tue pas … pourtant ça nous arrangerait, finit-il par dire en ponctuant sa phrase d’un léger souffle de désespoir.

 

De vieux néons radotent leur éclairage d’un monde finissant et dessinent les ombres fantasmagoriques des deux Professors s’enfonçant dans le dédale de couloirs humides.

Trouveront-ils leur Minotor ?

 

Rapporté de fort fort loin dans le temps par Frank Vaitcheur.

 

 

Si vous souhaitez lire (ou relire) une autre nouvelle de la mode vue - mais également revue et corrigée  - par l'esprit caustique de Frank Vaitcheur, n'attendez plus, cliquez ici !

 

 

 

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FREDETTE 05/05/2010 18:56


excellent... tu me le présentes quand ce Franck ?!
j'adore son style...

Plus que tout, cela me motive à mon tour. Après des semaines de paresse, il se pourrait bien que je rouvre ma trousse.
Je me suis d'ailleurs (presque) engagée à écrire l'histoire de Sophie, ou "les bonheurs de Sophie", je te raconterai...

bises bises bises et encore bravo pour ton blog, c'est rafraîchissant et me fait du bien chaque fois que je l'ouvre

Fredette