Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le blog de Anne pour  Histoire(s) de Mode

Jogging par temps froid... Petite nouvelle de la mode

20 Février 2010, 08:39am

Publié par Anne Histoire(s) de Mode

Il est six heure du matin, je me réveille la bouche pâteuse, la gencive molle, la mâchoire  épuisée par les trop nombreux cocktails mondains et promotionnels de la semaine. Toutes ces soirées, las, j’ai mâchouillé d’improbables créations culinaires en racontant des milliers de fois comment m’était venu « la surprenante idée, tellement décalée qui fait toute la saveur » de mon dernier roman. Si je veux affronter en pleine forme la semaine à venir et toutes les divas de la critique littéraire new-yorkaise, il faut que je me bouge les fesses. D’autant plus que ma copine, Ann Delsouth (Ah ces artistes ! Ils veulent toujours se démarquer. Pourquoi pas de « e » à son prénom ?), grande prêtresse de la mode, m’a demandé de lui écrire vite fait un petit papier sur ma vision actuelle de la mode.

- Oh Frank chéri ! (Bon OK, j’ai moi-même enlevé le « c » de mon prénom pensant que cela ferait plus mâle.) Ce serait so frenchy d’avoir ton avis, me dit-elle les lèvres en avant comme pour un baiser de Judas.Hum ! Ca sent le piège cette proposition.- Une sorte de french fashion thinking, tu vois ? rajouta-t-elle devant mon air certainement dubitatif.

Comme si tous les gays de la communauté française de New-York devait forcément avoir une opinion sur la cuisine ou sur la mode. Et bien non, je ne vois pas.En fait, elle veut créer le buzz à l’occasion de l’ouverture de son dernier magasin sur la 5th Avenue. Bon, pourquoi pas, ça me changera les idées et c’est toujours intéressant d’avoir des amis redevables à peu de frais.

Je saute du lit dans mon « jogging ». Bel exploit matinal. Pour une fois les deux bouts du cordon sont là. Aucun des deux n’est allé se réfugier sournoisement dans le passant de la taille. Je les attrape fermement pour qu’ils ne s’échappent pas et, en un tour de passe-passe, les transforme en un magnifique double nœud.J’ajuste la longueur des jambes sachant pertinemment que dans quelques minutes l’élastique qui serre le bas des jambes sera remonté au-dessus des chevilles, me donnant plus l’air d’un zouave partant au combat que d’un Apollon hédoniste courant après Narcisse. 

Une fois dehors, l’air froid de Manhattan en janvier me saisit les oreilles comme M. Lefouet mon maître au CP. Un petit vent vif et sec m’endolorit le bout des doigts comme la règle de Mme Lalaisse ma maîtresse en CM1. Finalement, je me rends compte que je n’ai que des bons souvenirs de mon école primaire !Sur le trottoir de la 60ème rue, devant l’agence de « God & Meeshetts », qui sont les « Goldman & Sachs » de l’assurance (l’assurance de se faire entuber oui !), tel Humphrey Bogart dans « Le faucon maltais », je réajuste une dernière fois le col de mon survêt avant de m’élancer vers Central Park.

J’aime New-York le dimanche matin. Presque pas de voitures sur les avenues, personne sur les trottoirs, peu de bruits ou alors étouffés. La ville repose sous sa couette blanche, ankylosée par ses excès et la température extérieure. Central Park est le seul endroit de la métropole où l’on peut se ressourcer, se retrouver, converser avec soi-même.

Mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir raconter sur la mode, je ne vais tout de même pas rédiger une thèse sur « la place du vêtement vintage dans l’inconscient subjectif des stylistes lyonnais de l’après Alexander Mac Queen ». Paix à son âme.

Tiens, si je parlais de mon bon vieux « Jogging ». Il est, comment dire … ? Oui, c’est cela, il est à la mode ce que la boîte de sardine est à la gastronomie, ce que le Kiravi est à l’œnologie, ce que Marc Levy est à la littérature (c’est juste une méchante jalousie personnelle), c’est à dire la négation même de la mode. Il est souple, ample, doux, chaud : tout ce que n’est pas un vêtement de couturier. Il est une seconde peau psychologique, une protection sociale. Au contraire du vêtement de mode qui nous « fashion victimise », il n’expose pas, il ne dévoile pas le corps, sauf si on choisit un coton trop fin qui colle aux fesses. Il ne révèle pas la personnalité, il la protège dans son confort douillet.

J’en étais là de mes pensées quand une fulgurante envie d’uriner me saisit le bas-ventre. J’avisais un bosquet hospitalier et entrepris de libérer mon entre-jambe.Mais avez-vous déjà tenté de défaire le double nœud du cordon en coton qui serre la taille avec les doigts gelés ? A quoi ils pensaient les stylistes réunis d’Adada, Naze et Relook le jour où ils ont commis le « jogging » ? Certes, ils ont des excuses. Avez-vous déjà vu un sportif demander un temps mort pour aller se soulager ? Non.Un sportif, un vrai, ça sue, ça ne pisse pas mais un joggeur du dimanche qui a tous les cocktails de la semaine à éliminer ?P….n ! Pourquoi avoir fait un double nœud aussi bien serré ? Avais-je peur que la large taille élastiquée de mon survêt rende l’âme sous les coups de boutoir de mon aérienne foulée bondissante ? 

Là, l’envie de plus en plus pressante, sautillant d’une jambe sur l’autre, les doigts de plus en plus gourds, je maudis les buses qui ont oublié de mettre une simple braguette à mon pantalon de « jogging ». Même pas une fermeture à glissière vive comme l’éclair, lubrifiée comme… (je m’égare), non, juste une petite braguette tout ce qu’il y a de classique, trois petits boutons en corne synthétique dans leurs boutonnières surpiquées au fil de soie acrylique. Trois petits boutons qu’on fait sauter dans la maîtrise d’un geste mille fois répété pour libérer la plus primaire des angoisses existentielles. Ah ces couturiers, tout pour l’esthétisme rien pour le côté pratique !

Par contre ces grosses buses de stylistes étaient à l’avant-garde de la mode, il étaient des visionnaires même. Car, qui aurait pensé que cette capuche pataude qu’on traîne dans le dos, qui rebondit mollement à chaque foulée sur les épaules, qui tombe sur les lunettes quand on se baisse pour lacer les chaussures, servirait un jour à protéger les casquettes des rappeurs (c’est sûrement pas le cerveau qu’elle va protéger). Quelle anticipation !

Et à l’époque de la poche plaquée, ce n’était pas une création provocatrice que d’imposer la poche flottante ? La poche qui se met devant, derrière, au choix. La poche qui quand tu sors la main est tellement affectueuse, comme Barney le terrier écossais de George Bush Jr, qu’elle vient avec. Pratique pour ne rien oublier au fond des poches.

Bref, finalement je me suis arraché le gras des hanches en tentant de descendre le « jogging » sur les genoux. Puis, j’ai fini au poste du district car cela n’a pas plu à la garde montée de Central Park (deux p’tits gars bien montés d’ailleurs, pas autant que leurs chevaux mais je m’égare encore) que je montre mes fesses.

Du coup, elle peut toujours l’attendre ma vision de la mode, Ann Delsouth !

Frank VAITCHEUR

Commenter cet article

TARABOLA 30/03/2010 21:51


je reconnais bien là le verbe et la verve de ce cher Môôôsieur Vacheur, professeur de Fashion Chrono Victims, une fleur dans le regard et des moutons dans la tête ( à défaut de sur )depuis temps
d'années, qu'Antoine( pas le chanteur cheveux longs idées courtes à propos de J'onny , l'inverse de Môôôsieur Vacheur en quelque sorte ) n'aurait pas nier!
Après un tel article( le sien)sur les difficultés masculines à se plier aux exigences d'une mode,omniprésente dans notre inconscient personnel (et collectif),depuis toujours,(M.Lefouet suivait il
la mode et en pinçait il pour Coco ou Yves?)Marc Levy n'a qu'à bien se tenir.
Allées bonsoir je vais courir dans les sus citées, en short , en prévision de la libération certaine de mon entre jambes dans quelques maitres, pardon mêtres .


Anne Histoire(s) de Mode 30/03/2010 23:05



Un grand merci pour ce commentaire en provenance du bout du monde. Je vois que comme nous, vous êtes un fan inconditionnel de Môôôsieur Vaicheur. Nous attendons avec impatience qu'il nous
rapporte d'un de ses innombrables voyages "around the world" une autre de ces truculentes histoires de mode dont il a le secret.